Le village des neiges de Montréal
Avec l’hiver chaud et en dents de scie que nous avons eu, j’ai dû attendre un bon moment avant d’avoir un respectable -15 °C, histoire de me rendre à la toute première édition du village des neiges. Tant qu’à vouloir vivre le nord, autant y aller à fond!
Si vous êtes mordu de nordicité, vous adorerez parcourir le village des neiges!
Les plus frileux y trouveront aussi leur compte puisque l’intérieur du village (chambres, restaurant, couloirs et bar) se maintient à des températures clémentes oscillant entre -2 °C et -5 °C (je vous entends d’ici grincer des dents… mais quand on vient de l’extérieur, on trouve ça presque chaud!).
Je spécifie dans mon titre qu’on parle bien ici du village des neiges situé au Parc Jean-Drapeau de Montréal. En effet, lors de leurs nombreux séjours en Europe, les initiateurs de ce projet se sont inspirés du concept déjà bien implanté en Finlande. Ils ont trouvé l’idée tellement géniale et adaptée à nos conditions qu’ils ont décidé de concrétiser un projet du même genre au Québec, tout en lui donnant une plus grande envergure.

Pour la première édition du village des neiges, Montréal est à l’honneur (ci-dessus, la ville représentée en sculpture de glace et ci-dessous, le Marché Bonsecours modelé en sculpture de neige).
Chaque année, les organisateurs présenteront une ville différente.


Les couloirs reliant les chambres, le bar et le restaurant.
C’était parfois difficile de prendre des clichés lorsque nous passions du froid (extérieur) au «chaud» (intérieur), car de la condensation se créait sur la lentille de l’appareil. C’était surtout vrai dans les chambres, beaucoup plus chaudes que le reste.
Les suites valaient le coup d’œil (originales et différentes les une des autres) mais les chambres standards étaient redondantes (murs lisses dénudés, même modèle de lit et de fauteuil, tout deux positionnés aux mêmes emplacements dans chaque chambre).

L’intérieur de la chapelle (où sont aussi célébrés des mariages).



L’entrée de la chapelle (à gauche) vue de l’extérieur.

Le bar.
Le restaurant (qui servait un repas gastronomique de 5 services) n’était accessible qu’à ceux qui avait réservé.
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Pour plus d’informations : http://www.villagedesneiges.com/
Doux hiver québécois…

Vue sur la partie est de la ville de Québec.
Le 24 décembre dernier, il faisait un froid de canard à Beauport! Un bon -22 °C couronné d’un vent polaire chargé d’humidité. Mais les couchers de soleil par cette température sont toujours mémorables et valent la peine de se les geler un moment!

Parfois, pas la peine de regarder son thermomètre pour connaître la température extérieure : les couleurs du ciel au lever ou au coucher du soleil nous en disent souvent bien long. Elles arborent ces couleurs ambrées et rosées lorsque les températures chutent sous les -20 et -30 °C.
Les photos suivantes ont été prises dans le village de Saint-Gilles de Lotbinière.





À bientôt!
Fous de l’Inde

On le sait tous, à l’étranger, c’est différent.
Dès qu’il franchit la porte de l’avion et pose le pied dans un nouveau pays, le voyageur entre en contact avec des sensations nouvelles (température ambiante, sécheresse/humidité…) et des disparités culturelles (l’accoutrement et le comportement des employés de l’aéroport, l’état vétuste/moderne de ce dernier, etc). Dès lors, il peut étiquetter l’endroit comme étant « pas chez lui ». Après quelques jours, il découvrira les caractéristiques architecturales des villes ou des villages, la nourriture, les coutumes locales, les gestuelles, les valeurs, etc.
Jusque là, tout est normal, ces explorations rentrant dans le cadre habituel de découverte d’un pays étranger.
Mais que se passe-t-il dans la tête du touriste qui se retrouve en plein délire à Bumbay et qu’on amène d’urgence dans un hôpital local?
C’est ce que le psychanalyste français Régis Airault tente d’expliquer à travers son livre Fous de l’Inde, où il partage ses observations et ses expériences vécues avec les voyageurs occidentaux qui perdent littéralement la boule en terre indienne. Travaillant à l’ambassade française de l’Inde, il effectue bon nombre de rapatriements d’adolescents et de jeunes adultes en proie à une perte d’identité profonde et à de sérieux troubles psychiatriques.
Lorsque le voyageur occidental pose le pied en Inde, il est assaillit par une chaleur suffocante et une foule compacte de gens curieux qui se massent les uns sur les autres. À peine sorti de l’aéroport, ses sens se saturent très vite d’informations : des bruits qui proviennent de partout, des humains de toutes conditions (handicapés, malades ou morts) en très forte densité, des odeurs d’épices se mélangeant à la sueur humaine et aux excréments d’animaux… La présence de ces derniers, qui déambulent librement au travers du tintamarre de la circulation, déroute quelques peu notre nouvel arrivant. Il se sent déjà à cent mille lieux de sa terre natale.
La chaleur étouffante mélangée aux fortes odeurs disparates donnent rapidement la nausée ; la proximité soudaine avec autant d’humains miséreux, malades ou laissés pour mort dans la rue, choque. Notre touriste fraîchement sorti de son cocon aseptisé occidental vient de prendre son premier bain indien. Basculé dans cet univers antagoniste, ses repères n’ont plus court. Après quelques jours à peine, voire quelques heures pour certains, le touriste chavire et perd contact avec la réalité.
Le psychanalyste nous explique que le nouvel arrivant subit dès sa sortie de l’avion, un choc culturel très fort qui bouscule ses repères les plus rudimentaires.
Son corps est bombardé de stimulus, son cerveau peine à décoder et à rationaliser toutes les informations qu’il reçoit et ses principes de base sont déroutés par les valeurs indiennes, qui sont drastiquement opposées aux siennes.
Régis Airault nous explique que l’Inde est une société spirituelle.
Dans le but d’expliquer les comportements déroutants des Indiens (du moins pour nos yeux d’occidentaux) le psychanalyste nous démystifie leurs pensées. Selon ce peuple, nous sommes ici-bas pour vivre notre propre expérience mystique. Le nirvana est le but ultime de la société indienne. Ainsi, la liberté des faits et gestes est acceptée, tout autant que la folie, car elles entrent dans le processus normal des étapes à parcourir pour atteindre le but final. C’est pourquoi un Indien n’aura aucune réaction en passant à proximité d’un touriste en plein délire, d’un handicapé ou d’un mort : pour lui, il rencontre simplement des gens qui suivent leur cheminement personnel. De plus, la mort étant acceptée dans la société indienne, il n’est pas rare de voir des cadavres simplement poussés de côté pour laisser passer la vache qui trottine librement…
L’Inde est comparable à un no man’s land où toutes formes de repères occidentaux (temps, habitudes, valeurs…) n’ont plus d’écho. Toutes barrières d’époques, de conventions et de formes sont abolies. En somme, c’est un lieu utopique où on peut laisser libre cours à ses idéologies et ses chimères. On vit hors de la réalité : aucune heure n’est fixée ni pour les repas ni pour le sommeil. C’est le prolongement de la période adolescente, où on a encore le droit d’être irresponsable. Des touristes brûlent leur passeport et leur billet d’avion pour s’installer en Inde. Ils laissent les jours couler doucement… Des années peuvent passer sans qu’ils ne s’en rendent compte, car toute la rigidité temporelle du monde occidental n’a plus d’emprise sur eux. Ils affirment vivre enfin dans le moment présent et ressentent la vie plus que jamais auparavant.
Lorsqu’on voyage dans un pays étranger, une part de nous meurt.
Une mort symbolique, certe, mais qui marque le passage entre notre moi d’avant et notre moi d’après. Les voyages attirent particulièrement les adolescents qui y voient un rite initiatique de passage : ils partent en tant qu’adolescents, ils reviennent dans la peau d’un adulte.
Bref, un livre facile à lire, où on apprend comment Mother India vous consumme et comment un occidental peut en arriver à un état de fragilité psychique avancée.
Le syndrome du voyageur

Nous sommes partis de Paris depuis déjà quelques jours et nous roulons en direction du centre de la France. Je suis avec mon amoureux Français et un de ses amis, nous visitons depuis plusieurs jours de très anciens villages, arpentons des rues et des sols d’églises datant du moyen âge. Tout autour de moi appartient au passé : l’architecture, la pierre, les monuments, les pavés…
Même la musique, présente dans le café où nous prenons notre dernier repas de la journée, joue une mélodie d’un autre temps. Les gens sont différents de la région parisienne, l’ambiance est singulière…
Tout à coup, je me sens perdre pied… je vacille : tout mes repères sensoriels et spatio-temporels n’ont plus d’échos et je ne m’y retrouve plus dans ma tête. J’ai le vertige, avec la désagréable impression d’étouffer. J’éprouve le besoin illico presto de me rendre à la Défense (quartier moderne de Paris avec des tours à bureau à la nord-américaine) et de m’asseoir dans un resto contemporain, d’entendre de la musique actuelle et trouver des compatriotes Québécois. Le besoin est tellement intense que ça devient une idée fixe!
Que s’est-il passé?
À très faible échelle, j’ai vécu ce qu’on appelle le syndrome du voyageur (ou choc culturel). Décrit comme étant un trouble psychosomatique, il est causé par une perte des repères et des références habituelles. Il se manifeste par des désordres physiques (vertiges, nausées, sueurs, perte d’appétit,…) et psychiques (perte de contact avec la réalité, hallucinations, repli sur soi, dépersonnalisation, sentiment de persécution,…). Habituellement, les états de trouble disparaissent lorsque la personne atteinte réintègre son environnement habituel.

Des formes plus impressionnantes de syndrome du voyageur peuvent se retrouver parmi ces principaux syndromes (que je décris très brièvement, car il existe déjà suffisamment d’informations sur internet à propos de chacune de ses affections) :
Le syndrome de Stendhal : troubles du comportement devant une surcharge d’œuvres d’arts (aussi appelé syndrome de Florence).
Le syndrome de Jérusalem : délires émotionnels vécus lorsque le sujet arrive à proximité de lieux saints.
Le syndrome de Paris : affectant particulièrement les Japonais, qui ont idéalisé la ville de Paris et qui se sentent déstabilisé par la réalité du fossé culturel.
Le syndrome indien : sentiments d’étrangetés vécus par les touristes confrontés aux bruits, aux odeurs, à la pauvreté et à la mort, réalités omniprésentes en Inde.
Quiconque se retrouve en état de choc culturel peut aussi bien manifester un simple sentiment de déracinement qu’une profonde dépression. Les manifestations et leurs intensités varient d’une personne à l’autre et ne sont en aucun cas des signes de faiblesse. Toutefois, une personne qui éprouve déjà des problèmes (mélancolie, nervosité, dépression, luttes intérieures non résolues, etc) les verra exacerbés durant un séjour à l’étranger.

L’expatrié qui vit un choc culturel passe par quatre phases bien distinctes soit : la lune de miel (tout est merveilleux), la crise (mal du pays et pensées négatives envers les habitants et les coutumes du pays d’accueil), l’ajustement (entre sa culture d’origine et la nouvelle) et l’adaptation (ou selon le cas, l’échec de l’intégration et retour au bercail). La durée et l’intensité de ces périodes varient selon les individus, elles peuvent se vivre en quelques semaines ou s’échelonner sur plusieurs années.
Selon l’Université de Montréal, 30% des gens qui vivent à l’étranger retournent dans leur pays d’origine faute d’adaptation au nouveau pays. « La culture n’est pas un manteau qui se met et s’enlève selon le goût et les besoins du moment, elle fait partie intégrante de l’identité même. » À preuve, les expatriés inculquent à leurs enfants les valeurs du pays d’origine pendant trois à six générations après l’arrivée des premiers immigrants.
Pour contrer le mal du pays, côtoyer ses compatriotes est positif dans la mesure où cela permet de mieux absorber le choc, de reprendre pied dans sa propre réalité culturelle et de bien intégrer les notions de différences entre les deux cultures. Toutefois, il est important de se faire des amis de la culture locale afin de favoriser les dialogues constructifs : cela permet d’éviter les préjugés et les stéréotypes qu’on échange volontiers entre compatriotes, en plus d’en apprendre davantage sur les raisons historiques et sociologiques qui ont fait naître les coutumes, les habitudes et les mentalités des habitants du pays d’accueil. Les deux approches sont complémentaires et nécessaires.
Pour ma part, un appel téléphonique à ma famille aura suffi à me remettre d’aplomb!
Saint-Gilles de Lotbinière
– Tu viens d’où?
– D’un petit village situé sur la rive-sud de Québec
– Ah. Ça s’appelle comment ton village?
– Saint-Gilles, dans Lotbinière.
– Saint-Jules?
– Non, Saint-Gilles.
– Ah.
Ce petit village dont personne ne connaît l’existence — ou presque! — est non seulement le village qui m’a vu grandir, mais il représente selon moi tout ces petits villages loin des grands centres dont personne ne parle jamais.
Ils n’ont pas le multiculturalisme de Montréal, la frénésie de New York ou la prestance de Londres mais…
… Sans eux, il n’y aurait pas eu de Québec : ces agglomérations sont les racines et le berceau de la civilisation québécoise actuelle. Ils ont encore le parfum des terres fraîchement défrichées et il plane encore dans l’air l’histoire et la présence des premiers occupants.

Au cœur du village, sur la rue Principale.
L’autre jour, je suis allée me promener dans les rues de mon village et force m’a été d’admettre que plusieurs d’entre elles étaient méconnaissables : le petit sentier de terre, qui scindait en deux le champ sur lequel j’allais en vélo avec des amies, s’est transformé en route goudronnée et de nouveaux bâtiments ont pris place alentour.
Les petites rues perdues qui se terminaient en cul-de-sac, et où je me demandais dans ma tête d’enfant si le monde s’arrêtait au-delà du béton, ont été rallongées et les nouvelles demeures poussent comme des champignons! Le village de mon enfance disparaît lentement…

Nouvelles rues et constructions récentes.
Depuis 2005-2006, le village connaît un boum immobilier qui transforme à vive allure l’apparence de la partie sud-ouest du village.

Le journal local de la MRC de Lotbinière, Le Peuple de Lotbinière, publiait le 19 mai 2011 l’article « Saint-Gilles réclame plus de places pour ses élèves » où on apprend que l’école primaire Étienne Chartier devra trouver de nouvelles solutions pour accueillir un nombre d’élèves toujours plus grandissant.

En dépit du fait que le village soit positionné à une trentaine de kilomètres de la ville de Québec, l’essor immobilier des dernières années serait imputable au prix abordable des terrains.
En constatant tout ces changements, je me faisais la réflexion que mon père et mes arrière-grands-parents avaient dû connaître des « répliques » fort différentes du village de mon enfance.

Saint-Gilles vers 1885.
Source : site web du Patrimoine et histoire des seigneuries de Lotbinière, sphslotbiniere.org.
L’aube du Nouveau Monde…
Même si Christophe Colomb fut le premier européen à mettre le pied en Amérique en 1492, il faudra attendre le XVIIe siècle la venue des premiers colonisateurs. Les Français furent les premiers à arriver en sol Américain et ils s’étendirent sur une grande partie de l’est du nouveau continent.

L’empire français d’Amérique au maximum de son expansion.
Source : Initiation à la Nouvelle-France, Éditions Fides.
Les premiers européens qui arrivaient prenaient possession des territoires occupés par les Amérindiens. Petit à petit, les territoires étaient divisés en lots et les parcelles de terres étaient distribuées dans le but d’être défrichées.
C’était le début du régime seigneurial : les seigneurs et les communautés religieuses étaient chargés de faire venir des colons dans le but d’essarter, déboiser, cultiver et peupler les lots. Le colon qui s’établissait sur une terre pour la défricher devenait alors censitaire. S’il ne remplissait pas ses obligations, le seigneur pouvait le chasser et proposer la terre à un autre colon.
Le seigneur avait le devoir de construire un moulin à blé pour les besoins des censitaires et devait également ériger une église ou une chapelle. C’est autour de ces bâtiments que se construisaient les villages.

Moulin à blé (1826) de Thomas Têtu, photographié vers 1855 à Saint-Gilles.
(ce qu’on appelle aujourd’hui Pointe Saint-Gilles)
Source : site web du Patrimoine et histoire des seigneuries de Lotbinière, sphslotbiniere.org.
Le premier moulin à farine du village a été construit en 1791.
Mais les colons ne l’ont pas facile : ils n’ont aucun outil adéquat et le travail est rude. Il faut environ de cinq à dix ans de dur labeur pour obtenir dix arpents (environ 1900 pieds ou 600 mètres) de terres arables.
Ils sont encore dépendant des vivres en provenance de la mère-patrie française et lorsque qu’elles viennent à manquer ou que les récoltes sont insuffisantes, plusieurs colons meurent de faim et décèdent durant les rudes hivers du Nouveau Monde. La tâche est si dure que plusieurs rebroussent chemin et décident de revenir en Europe.

Cette habitation est typique des premiers colons venus s’installer dans la seigneurie de Saint-Gilles.
Les animaux étaient gardés dans la partie de gauche et le colon résidait dans la partie de droite.
Source : Il était une fois… Saint-Gilles, Éditions Louis Bilodeau & Fils Ltée.
Le peuplement des villages ne débutera réellement qu’avec l’arrivée des Filles du Roi (pour la plupart des orphelines et prostituées originaires du nord-ouest de la France) en 1663. Voici un tableau qui démontre bien la faible démographie du territoire de la Nouvelle-France en ce début de XVIIe siècle :

Source : Initiation à la Nouvelle-France, Éditions Fides.
Débuts difficiles pour la Seigneurie de Saint-Gilles.
La Seigneurie de Saint-Gilles — ce qui allait devenir plus tard les municipalités de Saint-Gilles, Saint-Agapit, Saint-Narcisse, Saint-Patrice et Saint-Sylvestre — fut concédé au gouverneur Gilles Rageot en 1738. Hélas, les faibles moyens financiers du premier acquéreur de la seigneurie ne lui permettent pas de la développer : impossible d’ouvrir de chemin ni même de construire de moulin pour ses censitaires.
Les quelques colons installés sur les terres font pression pour le développement urgent d’un nouveau chemin : le sentier est difficilement praticable et ils doivent faire plusieurs milles avant d’atteindre le village voisin pour se procurer le minimum des biens nécessaires à leur survie.

Les seigneuries de Lévis-Lotbinière.
Source : Histoire de Lévis-Lotbinière, Éditions de l’Institut québécois de recherche sur la culture.
Nous sommes en plein début de conquête britannique car la fin du Régime français vient de sonner en cette année 1759.
Malgré la petitesse du territoire occupé, les Anglais ont eu un avantage considérable dans la bataille menée contre les Français : on comptait 1 000 000 d’Anglais contre 64 500 Français. La dilution de la population française et sa faiblesse en nombre sur un immense territoire fut la principale cause de leur défaite. Suite à la signature du Traité de Paris en 1763, le Canada appartient désormais à l’Angleterre.
C’est dans ce contexte qu’après la mort de leur père, les fils de Gilles Rageot décident de vendre la seigneurie à un acquéreur Anglais. Le sieur Alexandre Fraser, ancien capitaine d’infanterie de l’armée anglaise, devient propriétaire de la seigneurie en 1782. L’année suivante, des colons d’origine Allemande (mercenaires ayant combattu dans l’armée anglaise) se portent volontaire pour acquérir les lots de la seigneurie. Mais, elle tarde à vraiment se développer et les acquéreurs se succèdent pendant plusieurs années.

La tourte, qui a agrémenté les repas de nos aïeuls, est aujourd’hui disparue.
Source : The passenger pigeon Its Natural History and Extinction by A.W. Schorger, Publié par University of Oklahoma Press.
En raison de la surchasse, l’espèce s’est éteinte au Québec vers les années 1850.
Le nom donné à la fameuse « tourtière » du Québec vient de l’animal « la tourte » qui constituait son principal ingrédient à l’époque. Aujourd’hui cette viande a été remplacée par le porc, le bœuf ou le poulet (les recettes varient d’une région à l’autre).
Il faudra attendre l’année 1810 pour que Saint-Gilles connaisse un essor important.
Sous les ordres du gouverneur anglais John Craig, qui fera venir tout près de 200 soldats de différents régiments, le chemin Craig sera construit en l’espace de seulement trois mois. La principale motivation du gouverneur est de rejoindre les colons des Cantons-de-l’Est afin d’établir avec eux un sentiment d’appartenance au reste du Bas-Canada (une autre version de l’histoire nous informe que le gouverneur voulait surtout favoriser l’établissement de colons d’origine anglaise, en octroyant des primes pour tout colon anglais désirant s’établir dans la seigneurie).
Selon cette dernière version, le gouverneur avait pour but de déséquilibrer la démographie des « Canadiens français » (terme dont on désignait autrefois les Français de la Nouvelle-France, ce n’est qu’après la révolution tranquille des années 1960 que l’identité québécoise se renforcera et prendra le gentilé de Québécois).

Les grands chemins de Lévis-Lotbinière vers 1815.
Source : Histoire de Lévis-Lotbinière, Éditions de l’Institut québécois de recherche sur la culture.
L’année suivant la construction du chemin, un service de diligence se met en place et part de Québec pour se rendre à Boston, en passant par Saint-Gilles. Ce chemin est aujourd’hui connu sous le nom de route 269 et une partie de la route 116.

Cette demeure était un des rares endroits où pouvait se reposer les voyageurs.
Source : Il était une fois… Saint-Gilles, Éditions Louis Bilodeau & Fils Ltée.
Dans les années qui suivirent la construction du chemin Craig, la route devint impraticable à cause des marécages (dans lesquelles s’enlisait la diligence) et les nombreux débris d’arbres retardaient le service de transport, sans compter les aléas constants des saisons (pluie, boue, neige, dégel, etc.).
Saint-Gilles est officiellement fondé en 1828 et sera une des seules paroisse à frôler la dissolution.
La population est alors composée d’Écossais (arrivés au cours du 18e siècle), d’Allemands, de Canadiens français et d’Irlandais (arrivés vers 1840 à cause de la famine). Les différentes nationalités n’arrivent pas à s’accorder, encore moins à coopérer. Il devient de plus en plus difficile de payer pour un curé et une église.
Faute de représentation catholique dans le village, l’archevêque de Québec envoie une lettre annonçant la dissolution de la paroisse. Le village sera sauvé par un généreux don de 10 000$ de Messieurs Narcisse et Dionne, qui permettra la nomination d’un révérend et la construction d’une église et d’un presbytère.

Maison ancestrale d’une famille d’agriculteurs.
Elle fut tour à tour Cour des commissaires (en fonction à partir du milieu des années 1800 jusqu’à la fin du XIXe siècle), bureau de poste et maison familiale.
Elle est une des rares maisons où la cuisine d’été (partie rouge) est encore habitée.
On y déménage durant la belle saison pour garder la « grand-maison » fraîche.
La fonction première des cuisines d’été était de cuisiner sans surchauffer la grande maison.
L’implantation d’un système d’éducation sous le Régime britannique.
L’école primaire Étienne Chartier peut fièrement porter son nom. En effet, le révérend Étienne Chartier a été remarqué pour ses méthodes avant-gardistes (banissement du châtiment corporel, messes non obligatoires, etc.) lorsqu’il était directeur du collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière.
Le révérend, qui fut curé de la paroisse de Saint-Gilles en 1852 et 1853, dénonçait la situation affligeante des écoles francophones du Québec. Se procurer des livres scolaires en français pour instruire les habitants de langue francophone était pratiquement impossible depuis la prise au pouvoir des Anglais.

Révérend Étienne Chartier, 1798-1853.
Source : Il était une fois… Saint-Gilles, Éditions Louis Bilodeau & Fils Ltée.
En éditant en 1829 un « abrégé de grammaire raisonnée », il devint le premier Canadien Français a rédiger un manuel scolaire de langue française qui ne provenait pas de la France. À peine 60 ans après la conquête britannique, les Canadiens Français étaient coupés de tout contact avec la France et toute révolte de leur part conduisait à l’exil ou à de fortes représailles.
Même si le but du gouvernement anglais était de dissoudre la population de langue française, le révérend Chartier avait une réputation de franc-parler et n’hésitait pas à écorcher les occupants anglais. Il prônait l’éducation comme moyen de protection de l’identité des francophones du Québec.
Il se joindra à la révolte des Patriotes de 1837-1838 et sera exilé du pays pendant plusieurs années pour avoir défié les autorités britanniques. Sa dépouille repose aujourd’hui sous le chœur de l’église du village.
Le saviez-vous?
Tout comme en France, le pain était l’aliment de base qui agrémentait les repas des bâtisseurs du Nouveau Monde. Lorsque le Canada passa aux mains de l’Angleterre, la pomme de terre (dont raffolait les Britanniques) détrôna le pain. C’est pourquoi de nos jours au Québec (principalement dans les campagnes) la pomme de terre constitue la base des repas principaux (accompagnant la plupart du temps la viande et les légumes).
Et pour terminer, quelques demeures qui ont gardé tout leur charme d’antan…


La demeure ci-dessus a anciennement été un magasin général, un hôtel et un bureau de poste.


Vue du Pont Alfred Pellan (anciennement Pont Francœur).
Armoiries de Saint-Gilles de Lotbinière.
On reconnaît les symboles des peuples fondateurs dans la fleur de Lys (France), l’aigle (l’Allemagne), le lion (Écosse) et le trèfle (Irlande).
À gauche, le souvenir des bûcherons défricheurs, au milieu le chemin Craig (la ligne noire) et la rivière Beaurivage en dessous et qui traverse la municipalité.
Le feu sur une pierre rappelle que Saint-Gilles doit son nom au premier acquéreur de la seigneurie en 1738.
Le flambeau indique que la municipalité aurait fermé en 1876 sans la générosité des monsieurs Narcisse et Dionne.
Source : Il était une fois… Saint-Gilles, Éditions Louis Bilodeau & Fils Ltée.
Premiers essais Holga
Eh oui, qui dit premiers essais dit premières erreurs…
Mais la beauté du Holga réside justement dans sa spontanéité et ses surprises!

Place du Frère André (premier Québécois canonisé)
Coin boul. René-Lévesque et University
MONTRÉAL

Bistrot du 1er (plus vieille façade parisienne)
Rue Saint-Honoré
PARIS

Abbaye de Cambre
Entre les rues Émile De Mot et Émile Duray
BELGIQUE